J’ai 19 ans…

19 août 2014 § Poster un commentaire

Au sein d’un réseau de missions locales, j’accompagne des jeunes de 16 à 25 ans qui sont sortis du circuit scolaire habituel et qui cherchent à y retourner ou qui cherchent tout simplement du travail. La plupart du temps, ce projet de recherche est parallèle à un projet de reconstruction identitaire qui fait suite à un parcours de vie un peu chaotique. Le jeune se présente à lui-même sous la forme d’une histoire personnelle racontée.  C’est le cas d’Anil, qui raconte/récite déjà une une histoire de sa vie peuplée de problèmes baptisés « Inexpérience », « Solitude » et « Timidité ». Lors d’un entretien, j’ai pris mon costume de narrapeute pour repérer les traces fines d’histoires préférées et les épaissir avec Anil sous la forme d’un récit alternatif documenté qu’il m’a gentiment autorisé à publier sur ce blog :

J’ai 19 ans. J’ai le Bac. Dans le civil, je suis Technicien de maintenance. J’aime la mécanique. Je suis motivé, autonome et j’aime travailler en équipe.

Je souhaite m’engager dans l’armée de Terre française, pour l’action, vivre de nouvelles aventures, voir de nouveaux paysages, connaître de nouvelles cultures, développer mes capacités, me redécouvrir.

Je n’ai plus de contact avec mon père depuis 10 ans. Ma mère est morte. Je vis chez ma tante. Mon cousin est dans l’infanterie. Mon grand-père était militaire et policier au Madagascar. Ma grand-mère était gardienne de prison. L’engagement militaire saute une génération chez nous 🙂

Je souhaite servir dans l’artillerie, d’abord en tant que combattant, puis passer les grades progressivement, même si l’on m’a déjà dit que je pouvais devenir directement sous-officier en ayant le Bac.

Je donne beaucoup d’importance au courage. Je souhaite faire régner l’ordre, en restant neutre, sans forcément avoir à dégainer, pour qu’il y ait le moins de morts possible parmi les civils.

Je pense aux conséquences psychologiques lorsqu’on revient du front, paralysé, un membre coupé… On y va psychologiquement fort et on en revient dévasté. Tout le monde a ses limites. Jusqu’où puis-je aller ? Mon grand-père a été une figure paternelle pour moi, et a sans cesse repoussé ses limites, en travaillant pour faire vivre sa famille, il était très respecté dans la ville où j’étais.

Je suis silencieux, à l’écoute et je ne cherche pas à contredire. Certains diront que c’est une forme de timidité. D’autres diront que c’est du respect pour l’autre 🙂

Anil, 11 juillet 2014

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