Parloir fantôme

5 septembre 2017 § 1 commentaire

C’est l’expression que j’ai entendue ce matin à la prison où je me rends en tant que visiteur de prison. J’attendais mon détenu depuis 1/2 heure, tranquillement assis sur un banc, pas loin d’un groupe de jeunes et moins jeunes, et tout d’un coup j’entends ces bribes de paroles : « Les parloirs fantômes… il y a qui pour toi ? y a personne, personne ». Petite recherche sur Internet et je tombe sur « Parloir Fantôme », une chanson de Rim’K, quelques extraits :

Mais c’est chelou ça fait trois mois qu’j’ai pas d’courrier
J’bouffe que d’la purée, cantinée par un gars vrai

Au parloir même les fantômes se sont barrés

Y a qui pour toi ? Y a personne et toi ? Y a personne
Hasoul, victimes d un parloir fantôme

On t’oublie vite, dès la mise en examen
Dehors t’as pleins d’potes, un peu d’salopes
Mais t’as des potes en fait c’est des salopes
Au bout du compte, t’as plus de salopes que d’potes
Réveillé par les cris d’un parloir sauvage
Le vide d’un parloir fantôme, la fuite de l’entourage
c’est toi et ta merde…

A tout le monde, la dignité.

Cap Associations : cartes postales

28 septembre 2016 § 1 commentaire

On y était toute la journée !

Le CLIP sera présent à CAP associations 2016 à Bordeaux

17 septembre 2016 § Poster un commentaire

Cap associations, c’est le grand carrefour annuel des associations et du bénévolat qui permet à tout un chacun d’aller à la rencontre d’associations bordelaises issues de tous les domaines : solidarité, sports, danse, bien-être, jeunesse, loisirs, culture, environnement et développement durable, santé…

L’événement 2016 se tiendra le dimanche 25 septembre de 11h à 18h au Hangar 14 – Quai des Chartrons – 33000 Bordeaux.

J’aurai l’honneur d’y représenter le Club Informatique Pénitentiaire avec Jacques, un collègue bénévole. N’hésitez pas à venir nous voir 🙂

 

La prison et après

15 février 2016 § Poster un commentaire

Si vous êtes branché sur France Culture, notamment l’émission « Sur les docks » dirigée par Irène Omélianenko, vous avez peut-être écouté la semaine dernière la série de trois émissions sur « La prison et après » : d’abord les aménagements de peine, puis la lente acclimatation de femmes sortant de détention, pour finir avec l’exceptionnel « Claude, libre à tout prix », un documentaire de Marina Bellot et François Teste.
ClaudeIl s’agit du témoignage de Claude, 76 ans, qui à l’âge de 45 ans, a été condamné à perpétuité dont 18 ans de sûreté. Il aura finalement passé 25 ans dans une vingtaine de prisons françaises. Il raconte comment se reconstruit la vie à l’ombre de la prison puis très loin d’elle.

Extrais choisis :

Je m’appelle Claude, j’ai 76 ans,
J’ai deux bras, deux jambes, une tête,
Tout baigne !

Liberté
Le mot « Liberté », c’est un mot extrêmement fort,
Parce que dehors, personne ne sait ce que veut dire « liberté »,
Les gens ils se lèvent, ils vont là, ils font ceci, ils prennent un café, ils ont le droit de sortir,
Ils vivent, ils vivent, la liberté ils n’y font même pas attention,
Et d’un seul coup, on peut plus aller là, ou là,
Il n’y a plus d’arbres, plus de feuilles, plus de voitures, plus de rues, plus de trottoirs,
C’est fini, c’est fini,
On ne peut plus ouvrir, fermer une porte, c’est fini,
On ne peut plus manger à l’heure qu’on veut, c’est fini,
Tout ça c’est fini,
Et d’un seul coup, la liberté prend tout son sens,
Et on prend conscience que dehors on était libre,
Et qu’on ne se rendait pas compte qu’on était libre.

Promiscuité
La deuxième difficulté, c’est la promiscuité, c’est un mal qui ronge,
Parce que là, c’est comme la liberté,
Quand vous êtes dehors, et qu’il y a des gens sur le trottoir de droite qui ne vous plaisent pas,
Vous pouvez toujours aller marcher sur le trottoir de gauche,
En prison, tout le monde est dans la cage,
Il n’y a pas de trottoir de gauche ou de droite, ça n’existe pas ça,
Faut faire avec les bons, les moins bons, les mauvais, et puis les très mauvais,
Il y a un proverbe qui dit : « Il vaut mieux faire le boucher que faire le veau »,
Eh ben en prison c’est très vrai.

Attendre
La prison c’est l’attente, d’accord ?
On rentre en prison, on attend l’instruction du juge d’instruction, attendre…
Et puis on attend la deuxième instruction du juge d’instruction, attendre…
Moi j’en ai eu 33, ce qui veux dire 33 fois « attendre »,
On passe son temps à attendre,
Une fois qu’on est arrivé en Centrale,
On reprend la capacité ou la possibilité de penser par soi-même,
Et se recréer un semblant de vie quotidienne.

Vivre
D’abord, la vie c’est coriace, c’est coriace la vie, c’est costaud la vie,
C’est difficile de ne pas vivre, c’est chevillé au corps,
Comme on est enfermé dans un lieu,
On fait avec l’espace de ce lieu pour se créer une vie,
Parce que faire quelque chose c’est vivre,
Ne pas faire quelque chose c’est mourir, mentalement, c’est mourir.

Dehors
Une fois dehors, dans le fauteuil de son appartement,
On ne peut pas empêcher la tête de penser « cellule »,
Parce qu’elle a pensé trop longtemps « cellule »,
En détention, on prend des habitudes,
Par exemple, on n’a pas de clés, donc on ne ferme jamais la porte, puisqu’on n’a pas de clé,
Il n’y a pas de porte aux toilettes puisqu’il n’y a pas de cabinet de toilettes,
Les toilettes, elles sont là,
J’ai mis un an à apprendre à fermer la porte des toilettes ! un an !
On ne sort pas de prison, on sort « avec » la prison,
Je vais prendre un exemple très simple : la cellule, c’est 2m80 sur 2m40,
Il y a un lit, une petite table, une chaise, un placard, un lavabo, un water et une fenêtre,
Du lit au water, il y a 1m50,
Physiologiquement, le corps prend les dimensions de l’espace,
C’est-à-dire que lorsqu’on a envie de pisser,
Du lit aux toilettes, on fait 1m50, au maxi,
La vessie, avec le temps, elle prend l’habitude de 1m50,
Mais quand on est dehors, on n’a pas de toilettes à 1m50,
C’est terrible, c’est une vraie histoire,
On ne tient plus debout.

Les gens
Et tout est comme ça,
On a l’impression qu’il faut réapprendre à voir les gens,
On a toujours l’impression qu’on a une pancarte là.

Madame
Apprendre à parler à une femme !
25 ans j’ai parlé à des hommes,
Je ne sais plus parler à des femmes,
Alors, ou j’en fais trop, ou j’en fais pas assez,
Si j’en fais pas assez, je suis un ours,
Si j’en fais trop, c’est louche,
Alors, quel est le dosage ?
Mais moi, je ne le connais plus ce dosage-là.

Monsieur
Monsieur ! Monsieur !
25 ans qu’on ne m’a jamais dit Monsieur, jamais,
25 ans qu’on ne m’a jamais serré la main,
D’un seul coup, j’arrive dehors, on me dit Monsieur, on me sert la main,
Alors, on ne sait pas ce qu’il faut faire,
Je connais des types, ils ne s’en sont jamais remis, jamais,
Je connais des types, le soir ils sont allés sonner à la Centrale, pour demander au Directeur de re-rentrer
Ils n’y arrivaient pas…

Parloir
Je me rappelle un type, 33 ans sans parloir,
Le parloir, c’est le seul lien avec l’extérieur,
Les gens pendant les deux première années, ils sont là,
La troisième année, ils sont encore un peu là,
La quatrième année, ils ne sont plus beaucoup là,
La cinquième année, il n’y a plus personne,
Sauf la vieille maman qui vient voir son fils, ou un frère ou une soeur,
Mais bon, c’est fini,
Alors bon, ils peuvent prendre un visiteur de prison, ou une visiteuse de prison,
C’est un étranger de toute façon,
Un visiteur de prison, c’est un brave monsieur,
Qui vient, qui vient pour discuter 1/2 heure et qui repart après,
Bon, vous ne le connaissez pas avant, vous ne le connaîtrez plus après,
Si on est transféré, on ne le reverra pas.

Récidive
Un homme qui fait 20-25 ans de prison,
Et qui n’a plus personne à voir en bout de peine,
Il sort, il est libre, qu’est-ce qu’il peut faire ?
Ben voilà, c’est tout le problème de la récidive,
La récidive, elle est fabriquée en prison,
On crée des individus, qui ont perdu tout lien social avec l’extérieur,
Et un jour, on ouvre la porte et on les met dehors,
Alors ils se débrouillent,
Neuf fois sur dix, ils vont retrouver des gens qu’ils connaissaient autrefois,
C’est remettre le pied à l’étrier.

Baluchon
C’est l’Administration Pénitentiaire qui décide de vous transférer là ou là,
A telle date ou pas à telle date, on est un baluchon, hein, on n’est pas autre chose qu’un baluchon,
Alors, on tombe bien, on tombe mal,
Sur une Centrale où on peut vivre plutôt tranquillement,
Ou tomber sur une Centrale où c’est nettement plus dur,
Avec un QHS plus que dur, isolement total,
Les QHS sont fermés, on a appelé ça les UVP, Unités de Vie Particulière,
Ca fait mieux non ? c’est nettement plus mondain d’un seul coup,
En fin de compte, les UVP, c’est les QHS,
C’est l’isolement total,
Juste avec les surveillants qui passent aux heures de repas, ouvrent le matin et ferment le soir,
Pendant 18 mois, je n’ai pas vu un détenu,
La solitude est telle que, vous choisissez comme vous voulez,
Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche,
Tous les jours sont tous les jours, dehors le temps passe,
Dans ces endroits là, on passe dans le temps,
On parle tout seul.

Silence
Casser le bruit,
Personne ne se rend compte que le silence fait du bruit,
Dehors il y a toujours un peu de vent, une voiture qui passe,
Ou si on est en forêt, le vent dans les branches d’arbre,
Là on est dans un tombeau,
Les premiers temps c’est même angoissant,
Parce qu’on a l’impression qu’il n’y a plus personne sur Terre,
La Terre est vide, il n’y a plus rien qui existe,
On écoute, on écoute, on a beau écouter, on n’entend rien,
Il n’y a rien à entendre,
On écoute le bruit de ses pas,
Parce que ça s’est important, s’écouter marcher,
Si on marche c’est qu’on vit, c’est bête hein ?
On se parle tout seul,
Par exemple : « Bon, ben tiens je vais me faire un petit café »,
Mais au moins j’ai entendu le son de ma voix,
On meuble, on rêve, on fantasme, on marche, on projette,
Qu’est-ce qu’on fait ? J’en sais rien de ce qu’on fait, j’en sais rien du tout, j’en sais rien,
On se rend pas compte mais 18 mois de solitude totale, il faut les porter hein,
A tel point que je me rappelle un type, il avait complètement pété les plombs,
Il parlait avec Johnny Halliday à la fenêtre,
A la fenêtre, c’est un grand mot, il n’y a pas de fenêtre en QHS,
A la lucarne qui est à trois mètres là-haut,
Alors il grimpait à la lucarne et parlait à Johnny Halliday à la lucarne,
C’est pour dire à quel point il avait pété un câble,
Voilà… voilà…

Culpabilité
La sortie, quand on sort de prison,
On pense à ceux qui y restent,
J’avais un lecteur DVD, des DVD, une cafetière, etc.,
Je laisse tout à tout le monde,
Je ne vais pas sortir avec ma cafetière et mon lecteur de DVD, hein,
Et puis les types qui restent au trou, ils en ont besoin quand même,
Et puis le surveillant vient me chercher, vestiaire, passer au vestiaire,
Et puis, je me retrouve devant la porte de la Centrale,
On prend conscience qu’on est libre, mais avec un sentiment de culpabilité,
Parce qu’on pense à ceux qui sont restés, qu’on vient de quitter,
Moi j’avais des amis en prison, avec qui j’ai fait des années, des années…
Et d’un seul coup je les quitte, et eux ils restent,
Et un est mort, il est mort… voilà…
Des types qui ont 20 ans, 22 ans de fait,
Des types avec qui on a partagé le pain, on a partagé des bagarres,
On a partagé le bon et le mauvais,
Des types vraiment… intimes du point de vue amical, bon,
Et puis voilà, moi je suis dehors et eux sont dedans,
Ca paraît assez idiot ce que je vais dire,
Mais on se reproche d’être libéré, on se le reproche,
On a l’impression d’avoir déserté, abandonné,
C’est une fracture, une fracture qui fait très très mal, très très mal,
Et puis on a conscience qu’on ne sait plus vivre, on ne sait plus.

L’autre
Les habitudes que l’on a pris, les habitudes de douche, de toilettes, etc.
Dehors ce ne sont plus les mêmes,
C’était devenu invivable pour moi,
On est face à mille questions,
Est-ce je peux occuper la salle de bains maintenant,
Est-ce que je ne vais pas gêner,
Est-ce que je peux descendre de ma chambre maintenant,
Est-ce que je ne vais pas gêner,
Oui, mais là, ça fait longtemps que je suis là, si ça se trouve j’empiète sur l’autre,
On ne sait plus, on ne sait pas comment exercer sa liberté,
On a une liberté, comme un gros lot qu’on vient de toucher au loto, et on ne sait pas comment le dépenser,
Ou bien on ne le dépense pas, et on ne touche à rien, on ne bouge plus,
Ou bien on le dépense trop, mais on empiète sur l’autre,
« Laisse je vais faire ça », « Laisse je vais le faire à ta place »,
Mais à quel moment l’autre va dire : « Mais enfin… »,
C’est trop plein ou trop vide.

Paix
Voilà, c’est le petit bois,
Je viens avec une couverture,
Je m’installe là, par exemple, là ou ailleurs,
Je dors là, parce que je suis tout seul, je suis bien,
Je viens y chercher la paix, la paix,
Et me retrouver moi,
Pour une après-midi ou pour une nuit,
Etre un ours, être un ours, j’ai besoin,
Parce que la société est envahissante,
Et dès fois, je ne la supporte plus,
Même les gens que j’aime bien, ça n’a rien à voir hein, je ne supporte plus,
Il faut qu’on me foute la paix,
J’ai besoin de ce contact avec la nature,
Je suis un ancien broussard quand même,
Et la nuit c’est incroyable comment c’est silencieux, c’est tranquille,
J’emmène un sandwich, une orange ou une banane, un truc comme ça, un litre d’eau, un duvet,
Je suis tranquille, j’apprécie ma paix.

J’ai 76 ans et je suis toujours en vie.

Enfin en prison !

2 décembre 2015 § 1 commentaire

MA_GradignanJ’ai enfin réussi à entrer en prison. Ça m’aura pris deux ans. En janvier 2014, j’avais essayé de passer par l’Association Nationale des Visiteurs de Prison (ANVP), sans succès compte tenu de la lourdeur administrative de la procédure et malgré le très bon accueil des correspondants locaux. Fin juillet 2015, j’ai postulé pour devenir membre du Club Informatique Pénitentiaire (CLIP), ce qui m’a permis de rencontrer  le super délégué régional. Finalement, cet après-midi, c’est avec un très grand plaisir que j’ai pu binômer avec un collègue pendant deux heures dans une Maison d’Arrêt. Je me rappelle avoir passé huit portes avant d’atteindre la salle de formation, à chaque fois il aura fallu une ou deux minutes pour qu’un surveillant nous ouvre. Trois détenus sont venus, des histoires différentes, mais avec les mêmes besoins, à savoir sortir de la cellule de neuf mètres carrés partagée avec un voire deux autres détenus, parler à d’autres personnes, cumuler des points pour une éventuelle réduction de peine, et peut-être apprendre quelque chose au passage : utiliser un clavier pour la première fois, se servir d’un traitement de texte pour faire son CV, d’un tableur pour faire du calcul, sur un PC Windows XP sans réseau et sans connexion Internet, au moins pas de risque d’attraper un virus… sauf celui de se relier aux autres 🙂

Nous devons permettre à ces personnes de toujours faire partie de l’espèce humaine.

Prisons : un service public ?

18 novembre 2015 § Poster un commentaire

Ce soir se tenait à l’Athénée Municipal de Bordeaux une conférence de 3 heures sur les prisons organisée par l’Observatoire International des Prisons. L’OIP défend les droits et la dignité des personnes détenues.

Prisons, un service public ?Tout a commencé avec la projection du court-métrage « Quand le bâtiment va » réalisé par Jean Rubak et Amélie Compain avec les détenus de la prison de St Martin en Ré dans un local sans fenêtre de 18 m² (soit l’équivalent de 3 cellules). Cette oeuvre de fiction a été projetée en 2014 au Festival international du film de la Rochelle. Elle aborde avec dérision l’aspect économique de la prison, un système qui repose sur l’existence des détenus.

Le débat qui a suivi impliquait des militants et des professionnels qui ont reposé la question du rôle de la prison. La prison punit par la privation des libertés, elle n’assume pas sa mission de réinsertion (pouvoir sortir avec un projet à l’extérieur). Il y a très peu de choses utiles qu’on puisse y faire : éventuellement apprendre à lire ou écrire, être soigné(e).

Le code du travail ne s’applique pas en détention, on parle d’actes d’engagement, donc pas de salaire minimum, pas de congé, pas d’arrêt-maladie, … et il est difficile d’envisager un CDI pour des postes avec beaucoup de candidats. L’Administration Pénitentiaire classe ou déclasse les détenus : entre 100 et 150 € / mois pour les auxiliaires de détention à plein temps, et seulement 2 à 3 € / heure pour les autres dont le travail devient hautement aléatoire. Seulement 25% de la population carcérale a un accès au travail, soit une moyenne de 1h30 / semaine. La pauvreté en prison a des conséquences, on parle des indigents, je ne détaillerai pas tant la situation est sordide. L’argent en détention aggrave les inégalités. Ce qui fait que les personnes tiennent malgré tout, ce sont les réductions de peine : travailler en détention, ne pas embêter les surveillants, mettre un peu d’argent sur le compte de la partie civile. C’est cette idée de la réduction de peine qui permet de supporter l’insupportable et qui participe à l’espoir d’une sortie.

Malgré l’entassement et la précarité, un détenu coûte 100 € / jour à l’Etat français. Il y a environ 68 000 personnes détenues dans 190 établissements. Le taux d’occupation moyen est de 115% avec des pics à 240%. La cellule d’une Maison d’Arrêt type est de 9 m², on y trouve deux lits superposés et un matelas par terre pour accueillir le troisième détenu non prévu. Les conditions sont inhumaines et dégradantes pour des personnes qui n’ont pas forcément d’activités (à part une télé). La situation est pénible pour les détenus ainsi que pour les surveillants qui ne savent plus où donner de la tête et qui sont à cran. Paradoxalement plus on crée de prisons, plus il y a de prisonniers (effet cumulatif). Le bracelet électronique, c’est la prison à domicile, cela évite la désocialisation, mais pas la récidive faute d’accompagnement. En Gironde, on compte en permanence entre 150 et 200 personnes munies d’un bracelet électronique.

Le monopole de l’Etat, c’est la surveillance. Le parc pénitentiaire a été privatisé depuis 1988 et tout a été sous-traité à travers des marchés publics pour tirer les coûts vers le bas. Les prisons récentes ont été construites sur la base d’un partenariat public-privé, un montage financier extrêmement risqué pour les finances publiques. L’Etat est devenu un bailleur à long terme (30 ans), ce qui amortit à court terme le poids de l’investissement mais qui multiplie le coût du loyer par 5 à la fin, sachant qu’on ne peut pas rompre un marché public… L’Etat devra débourser 1,4 milliards d’euros d’ici 2040 ! Ces dépenses incompressibles diminuent les investissements pour la réinsertion. De plus, tout se fait à distance dans ces établissements modernes, ce qui mène à une forme de déshumanisation, les détenus préfèrent « la vieille taule d’avant » où le contact humain est encore possible.

La France est très en retard sur des mesures alternatives à la prison. Peut-on remettre en cause le principe même de l’incarcération comme punition ? on parle de contrainte pénale, justice restauratrice, groupes de parole, programme de prévention de la récidive, peine d’intérêt général (TIG), …

En vrac quelques phrases qui ne m’ont pas fait sourire :

  • « Il y a toujours une partie de nous-même qui reste à l’intérieur de la prison. »
  • « J’avais besoin de faire mes comptes d’apothicaire (avec les différentes réductions de peine) pour m’inventer un avenir. Sinon, j’étais pris dans une chaîne temporelle circulaire, je refaisais exactement la même chose chaque jour. »
  • « La prison, c’est surtout le Pôle emploi de la délinquance où on fabrique des fauves ou des loques. »
  • « Le prison offre un avantage : elle permet de regarder notre société par son côté le plus sombre, elle est le voyant des dysfonctionnements de la société. »
  • « La Direction d’un établissement ne peut pas dire stop, donc on entasse. »
  • « On essaye de baisser le prix des prestations hôtelières, parce que finalement une prison, c’est une sorte d’hôtel. »
  • « Etre privé(e) de liberté ? on n’a pas trouvé mieux comme sanction depuis 1830, c’est déjà mieux que le bûcher ou l’écartèlement. »
  • « On a défini la politique carcérale générale à partir des cas les plus graves qui sont les plus rares. »
  • « La prison ne fait pas changer par rapport au passage à l’acte. Elle neutralise, c’est tout. »
  • « Les détenus longue durée sont victimes d’un phénomène de sur-adaptation carcérale, lorsqu’ils sortent, ils sont coupés de la réalité, ont des problèmes d’orientation, ils ne reconnaissent plus la monnaie, un parcmètre, … »
  • « Beaucoup de juges militent pour le choc carcéral : 2 à 3 mois en prison et on ne le reverra plus ! ça ne marche que pour les honnêtes gens… pour les autres, il s’agit d’un rite initiatique. »
  • « Aux Etats-Unis, le contrat de partenariat public-privé contient une clause d’obligation d’occupation des établissements construits, entre 80 et 100%, sinon des pénalités sont appliquées. Adieu Justice, Bonjour Tristesse ! »

Ces sujets sont absolument absents du débat public. Le corps social a en effet tendance à tourner le dos à ceux qui sont écartés.

Nous devons permettre à ces personnes de toujours faire partie de l’espèce humaine. 

Où suis-je ?

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